IL
y en a qui choisissent de partir en long week-end. A Rome, à Séville,
à pas cher. D’autres réunissent la famille, éparpillée aux
quatre coins du pays. D’autres en profitent pour organiser un
repas de communion, pour se marier, fêter les quatre-vingts ans du
papy, célébrer les noces d’or des parents... Il y a aussi les pèlerinages
et les randonnées ou tout simplement deux grasses matinées
d’affilée. Il y a l’espoir qu’il fera beau pour le barbecue,
qu’on ira à la mer même en risquant les embouteillages au
retour, le tout étant baigné par cette immense satisfaction d’un
lundi sans aller au boulot.
Il en est de même à Estaires – Nord – cité tranquille de
Flandre équidistante de Lille et d’Hazebrouck ; 5 190 habitants,
une imposante église en briques de Rosendaël et au clocher blanc,
de nombreux commerces, un baudet au doux nom d’Aliboron comme emblème
et... un tournoi de foot doublé d’une grande fête locale le
week-end de la Pentecôte.
Hommage
à Aliboron III
Ce qui se passe dans cette commune-là, ce week-end-là, n’est en
rien particulier. La plupart des villes en France festoient à
intervalles réguliers, sous des prétextes singuliers. A Estaires,
comme dans le reste de la Flandre, on aime les défilés, les
ducasses, les barbes à papa, la musique de cortège et la bière.
Ici, c’est le week-end de la Pentecôte que cela se passe. On rend
hommage au baudet, Aliboron III, sorti pour l’occasion, et on
offre au regard des milliers de visiteurs... Jehan d’Estaires, 4 mètres
80 et 140 kg au bas mot, géant légendaire de la commune
reconstruit il y a seulement trois ans, après avoir été détruit
durant la guerre 14-18.
« Cette manifestation existe depuis la fin du XIXe siècle,
explique Jean-Luc Rondelez, président de l’Union bienfaisante,
association philantropique créée en 1875 dans la commune et qui
organise les festivités du week-end de Pentecôte. Il s’agit,
depuis toujours, d’offrir un spectacle gratuit et de faire une quête
au projet du bureau d’aide sociale. Il n’y a que des bénévoles
chez nous et on entre à l’Union bienfaisante par cooptation. »
La possible suppression du lundi de Pentecôte a plongé les membres
de l’Union bienfaisante dans la consternation. Et les a incités
à rejoindre le collectif des Amis du lundi. « La décision de
supprimer ce jour férié a été prise sans penser que, derrière,
il y avait un tissu associatif et sportif considérable, indique
Jean-Luc Rondelez. De plus, l’épiscopat, avant de revenir sur sa
position, a donné sa bénédiction au gouvernement, disant que le
lundi n’était pas une fête religieuse. Cela ne nous a pas aidés.
Pour nous, supprimer ce lundi de Pentecôte est inacceptable et
catastrophique. L’esprit de la fête est à jamais fini. »
Tournoi
de foot
A Estaires, on n’a pas envie de renoncer à la Cavalcade du lundi
après-midi. Pas plus qu’au tournoi de football européen, 19e du
nom cette année, et qui rassemble 360 joueurs, benjamins et moins
de 13 ans. « Nous avons des Hongrois, des Tchèques, des Danois,
des Anglais, explique Jean-Paul Bourez, président de l’Union
sportive d’Estaires, dont l’équipe première évolue en
Excellence. D’où mon inquiétude, ces derniers mois, à l’idée
que le lundi de Pentecôte soit supprimé. Dans ce cas, la Cavalcade
aurait été déplacée au dimanche après-midi et le tournoi de
football était très compromis. Mais je ne crois pas, finalement,
que le lundi de Pentecôte est menacé... »
Jean-Luc Rondelez est moins optimiste. « On risque d’être
victime de l’absence de dialogue social, dit-il. Car les derniers
textes indiquent qu’il faut négocier au sein de l’entreprise.
Ou alors, par défaut, on supprime le lundi de Pentecôte. J’ose
espèrer qu’il y aura un petit geste du gouvernement. Après tout,
on a assez de jours de RTT. Il faut quand même se souvenir qu’on
parle de sept petites heures de travail pour un salarié. On devrait
pouvoir les trouver dans une année... »
Impact
économique
Le président de l’Union bienfaisante se refuse pour le moment à
parler d’une autre date que le lundi de Pentecôte. Dès le mois
d’octobre, il s’attellera à la préparation de la manifestation
de 2005. « C’est une sacrée organisation, explique-t-il. La
population nous soutient. Entre 600 et 700 signatures sont parties
d’Estaires pour la pétition des Amis du lundi. Notre
manifestation, de plus, a un gros impact économique, notamment pour
les commerçants. »
La semaine prochaine, Estaires sera donc à la fête. La tradition
veut que l’on organise de grands repas de famille. Le baudet
Aliboron III ne fait pas de politique. Sa mission est de distribuer
des bonbons aux enfants, ceci par un distingué lever de queue très
attendu par la population. Il faudra expliquer à Aliboron pourquoi
ce qui a fonctionné pendant 112 ans... ne vaut plus rien en 2005.
C. V.